Faire de son texte une véritable expérience humaine

Faire de son texte une véritable expérience humaine

Cet article a été rédigé par Camille Gillet, rédactrice web et écrivain. J’ai invité Camille car son point de vue sur le métier de rédacteur m’a plu et est assez différent des autres. Ce métier est compliqué et j’ai toujours du mal à comprendre comment des personnes peuvent faire ce métier toute la journée avec des tas de thématiques et clients différents. Bonne lecture !

Être Rédacteur Web, c’est un peu être acteur. Pas dans le sens où on est traité comme un intermittent du spectacle, dans le sens où l’on va incarner différents personnages selon notre texte. D’ailleurs, y a « acteur » dans l’intitulé. Bon, ya « Réd », aussi, et ça ne veut rien dire.

Mais gardons donc en tête l’idée qu’un Rédacteur va temporairement se glisser dans la peau de son client, et s’inventer une expertise qu’il n’a pas. Et c’est de ça dont nous allons parler : de l’art de mentir à son lecteur. Et j’vais vous dire comment j’y arrive si bien.

L’essence de la Rédaction Web

Quand on vous parle de la Rédaction Web chez les autres, on va vous vanter les qualités orthographiques du scribouillard, on va vous dire qu’il doit connaître sa title sur le bout des doigts, et connaître son puta-pardon son « sens du titre » parfaitement.

On va aussi vous dire que le Rédacteur doit savoir produire du volume, faire ce que le client demande, et optimiser son texte pour le SEO. À titre personnel, j’estime qu’un texte, quand il est pensé pour le lecteur, est forcément optimisé pour lui. Naturellement. Voire, il a même d’être chance d’être intéressant, dis donc… Et donc, d’être partagé.

Mais nous ne connaissons pas tout sur tout. En général, même, nous ne sommes pas experts dans les domaines de nos clients. Sauf que lui, il s’en fout, il veut qu’on écrive quand même.

Donc, un « bon Rédacteur Web » se repère surtout à ses facultés d’adaptation. C’est le caméléon d’la virgule si vous voulez… Et c’est là que j’vous fais cadeau de mon petit secret « hé hé hé ».

S’imprégner d’une thématique pour savoir la retranscrire

OUI. Oui, la Rédaction commence par la lecture. Peu importe ses propres connaissances, sa propre expertise, son ancienneté dans le « biz du mot », écrire commence par l’apprentissage de sa mission.

Un client = une thématique = une cible = renseigne-toi avant de dire des conneries.

Parce qu’on engage notre client dans nos mots. Car officiellement, c’est lui qui se débrouille avec ses petites mains. Du coup, on va lire ce que celui-ci propose déjà sur son propre site/brochures… Et voir du côté de SES références à lui.

Oui, attention : avant de vouloir googler une thématique comme un couillon, demandez d’abord à votre client (dans le brief, si possible), quelles sont ses sources. Ça vous permettra de gagner du temps, mais aussi d’être parfaitement raccord avec son propos. J’vous dis ça d’expérience.

Je vais pas m’étendre plus sur cette histoire de « potasser les faits ». Ça doit être un réflexe de base du Rédacteur. Et j’pense qu’il y a assez d’articles à ce sujet.

Le vrai secret d’un texte qui fait vibrer le lecteur

L’émotion.

Bébé qui pleure d'émotion

« Quoi, c’est ça ton secret » ? Non. C’est le point de départ. L’émotion est le point de départ. Tu veux faire acheter, faire partager, faire retenir l’information au lecteur ? Tu fais en sorte qu’il l’associe à une émotion. Donc tu vas le faire rire, le rendre triste… Ou jouer avec ce qu’il t’apporte lui.

J’vais vous prendre un exemple concret : J’ai un gros client dont le métier est de vendre des meubles et des accessoires pour enfants et bébés. Et ce client pour ses catégories, ses pages, il veut du vrai contenu. Du contenu qui va ranker naturellement parce que le champ sémantique est instinctivement le bon. Il veut aussi du contenu qui parle à son client final.

 

Et c’est mon challenge : écrire des textes qui font sens pour des parents. Sauf que je n’ai pas d’enfant. Et je vous assure que ce n’est pas parce que je suis une femme que soudainement je sais écrire sur la thématique. Loin de là.

Alors, comment je fais pour être pertinente dans mon émotion ? Je vous ai dit de jouer avec ce que le lecteur vous apporte : le lecteur/client est là pour une raison qui a forcément été identifiée par la stratégie marketing / SEO (oui, je considère que c’est lié, mais c’est pas le sujet). Donc vous connaissez son état d’esprit à ce moment-là. Vous savez qu’il est en recherche de quelque chose.

Et ce « quelque chose » c’est d’être compris.

Parce que si la marque comprend son client, elle comprend son besoin, elle peut donc y répondre. Il a confiance. Il achète. Tout le monde s’aime…

Comprendre le lecteur dont on ignore tout

(Le fameux vrai secret en fait)

Je l’ai dit : je n’ai pas d’enfant. Comment puis-je être complice sur cette thématique ? Comment puis-je donner l’illusion d’une « tranche de vie » derrière ?

Je traque mon lecteur à la source, et j’écoute ce qu’il raconte.

Pour ce client-là, au lieu de regarder la concurrence (réflexe premier et pas toujours heureux du Rédacteur), je lis des tonnes et des tonnes de… Forums. Eh ouais. Les émotions sont à prélever à leurs sources : là où les gens s’expriment. Forums, Twitter, groupes Facebook, ou que sais-je ?! Capter, voler, des parts de vie réelle, pour savoir la retranscrire. Mon secret, c’est que j’évite au possible les articles sponsos faussement « complices », et autres textes vendeurs. Je vais directement voir ce que disent les parents sur les forums.

Comprendre l'autre pour mieux lui parler

Je sais pas quoi dire sur un vêtement dont je ne soupçonnais même pas l’existence ? Et j’peux vous dire qu’en matière de puériculture, ce n’est pas ce qui manque… Je cherche dans les forums les avis, les anecdotes. Et c’est après dans mes textes que je les glisse habilement, façon « t’as vu, on est pareil, moi aussi je connais bien ce problème, puisque j’en parle ».

Et voilà l’travail !

À qui je parle ?

Et ça sera ma question en conclusion.

À force de théoriser sur le nombre de mots, les balises en tout genre, et les questions stupides du style « vous ou tu ? » « Avec ou sans exclamation ? » « Est-ce que Spinoza mangeait des concombres pendant ses analyses de Serps ».

Bref, à force d’oublier le lecteur, on passe à côté de lui, et on perd un temps et une pertinence phénoménaux.

Ça vaut pour le SEO (C’est même tout le principe du cocon sémantique, rappelons-le), et du coup pour la Rédaction Web, le Marketing, etc. « Tout est lié » disait Antoine Daniel…

Le secret en Rédaction Web, c’est de se rappeler que les mots ne font sens que lorsqu’ils résonnent chez l’autre.
Ou, pour le dire plus simplement : si ça parle à personne, ça vend à personne, mec !

 

Commentaires (2)

  • Mehdi

    Super article bravo Camille (et Thomas pour l’accueil)
    Très bonne idée d’aller chercher l’information à la source. Sur les forums et autres réseaux d’échanges.

    Je pense aussi que tout est lié.
    De la stratégie marketing à la rédaction.

    SEO et rédaction ont trop longtemps été séparé. La faute à Google qui n’était pas assez malin pour reconnaître un bon contenu (d’un point de vue lecteur). Et aux petits malins en ont profité ^^

    Aujourd’hui Google a grandi. Il est quasi aussi exigeant qu’un lecteur.
    D’où la montée en puissance du “content marketing” (il faut bien inventer un terme sérieux pour réussir à le vendre à des entreprises. Bravo hubspot).
    Qui n’est rien d’autre que… du blogging :)
    Oui mais avec une stratégie ! (que la majorité des entreprises peinent à mettre en place)

    Comme tu le dis, le lecteur/client revient au centre et c’est tant mieux.

    17 décembre 2016 at 19 h 07 min
  • Camille

    Salut Mehdi !

    (Ouais, je réponds aux commentaires sur un autre site que le mien, j’m’en fouuuus !)

    Merci pour ton commentaire, et surtout ce passage : “Aujourd’hui Google a grandi. Il est quasi aussi exigeant qu’un lecteur.
    D’où la montée en puissance du « content marketing » (il faut bien inventer un terme sérieux pour réussir à le vendre à des entreprises. Bravo hubspot).
    Qui n’est rien d’autre que… du blogging :)” [Faudrait penser à rendre possible le Bquote Thomas :o]

    Car ça résume tellement bien le phénomène : il faut remarkéter une pratique évidente pour que l’ensemble se rende compte qu’elle est nécessaire. C’est à la fois ridicule, et triste. Heureusement qu’on n’est pas en peine côté novla-pardon-néologisme dans le Web, sinon, ça serait super chaud de rendre la qualité vraiment attractive.

    Mais blague à part, je me demande si le problème vient réellement du SEO et de Google, et non pas du fait que le mot (et l’acte) “blogging” n’est finalement pas mal vu. Quand on parle d’un blog à un client, il a toujours un mouvement de recul, façon “Non, mais attendez, j’vais pas raconter ma vie et mes problèmes sentimentaux, hein !” Et c’est un frein parfois en prestation.

    Du coup, je pose la question : est-ce que le fait de prendre le temps d’écrire, de bloguer donc, ne pâtit tout simplement pas de cette mauvaise image ?

    21 décembre 2016 at 14 h 28 min

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